Comment cultiver?

Afin d'éviter toute production de cannabis illicite, la culture de chanvre industriel est régie par une règlementation stricte qui garantit aux autorités et futurs consommateurs l'origine des variétés et leur faible teneur en THC (tétrahydrocannabinol, substance psychotrope). Seuls les agriculteurs (possédant un numéro de producteur) peuvent obtenir une dérogation à la culture du chanvre en remplissant un formulaire fourni et à renvoyer à la Direction générale de l'Agriculture, des Ressources naturelles et de l'Environnement (DGOARNE), Département des Aides et Direction des Surfaces agricoles. Les agriculteurs seront tenus :

  • de disposer de cette autorisation avant d'implanter la culture ;
  • d'envoyer une copie des étiquettes de certification des semences ainsi qu'une copie du bon de commande ou de la facture d'achat ;
  • d'avertir la Direction extérieur de la DGOARNE de la date de floraison de la culture, 10 jours ouvrables avant le stade floraison, afin qu'un prélèvement et un contrôle THC puissent être effectués sur la ou les cultures de chanvre ;
  • de conserver les étiquettes originales durant au moins trois ans en vue d'un éventuel contrôle ;
  • de maintenir la culture en croissance normale 10 jours après la fin floraison.

Les variétés de chanvre autorisées à être cultivées en Europe sont reprises dans le catalogue commun des variétés des espèces agricoles et comprennent des taux de THC inférieurs à 0,2%. En Belgique, les variétés les plus utilisées sont françaises et proviennent de la CCPSC. En culture battue (récolte des graines et des pailles), on utilise essentiellement les variétés Uso 31, Férimon et Fédora 17. Par contre, en culture non battue (récolte de la paille uniquement), c'est la variété Santhica 27 qui est la plus employée.

L'itinéraire technique du chanvre est relativement simple et se résume à deux étapes cruciales : la mise en place et la récolte de la culture.

La préparation du sol se fera comme pour une culture de lin. Après un labour d'hiver ou de printemps, la préparation du lit de germination est réalisée par un ou deux passages de herse rotative afin d'avoir une terre fine mais suffisamment rappuyée.

Le chanvre accepte bien la matière organique qui peut être apportée à raison de 30 à 50 t/ha avant le labour. La fertilisation optimum en azote est estimée à 90 unités d'azote (résultats obtenus par le CRA-W de Gembloux lors des essais de 2007-2009). De manière plus pragmatique, les besoins en fumure azotée du chanvre correspondent à la moitié de la fumure azotée d'un froment cultivé dans les mêmes conditions. Par rapport aux éléments phosphore et potasse, il est nécessaire de combler les exportations qui s'élèvent respectivement à 50 et 150 unités par hectare.

Afin d'assurer une levée et une croissance homogène du chanvre, les parcelles ensemencées devront remplir les conditions suivantes :

  • un pH compris entre 6 et 8 ;
  • un sol meuble sans semelle de labour ;
  • un sol bien ressuyé et non inondable ;
  • un sol réchauffé à minimum 8-10 °C ;
  • un lit de germination fin.



La date de semis de la culture de chanvre industriel correspond à celle d'un maïs grain ou d'une graminée prairiale. Tout risque de gelée écarté, le chanvre en Wallonie se sèmera généralement de mi-avril à début mai. Réalisé avec un semoir à céréales à une profondeur de 2-3 cm, le semis de chanvre demandera en culture battue comme non-battue une densité de 40 à 50 kg/ha.

La technique de récolte sera largement tributaire du mode cultural (battu ou non-battu) et des exigences de l'industriel acheteur.

En culture non-battue, la fauche des pailles se réalisera à la fin de croissance de la plante, qui se situe entre le 15 et le 30 août. En Wallonie, l'outil de fauche utilisé est une ensileuse modifiée qui permet de couper les tiges en tronçons de maximum 60 cm de long (exigence de la plupart des industriels défibreurs). Afin de faciliter leur défibrage, les pailles resteront plus ou moins un mois sur le champ et seront retournées deux fois avant d'être ballotées en grosses balles carrées.

En culture battue, la moisson est conditionnée par le pourcentage de graines mûres et leur taux d'humidité. Les graines sont généralement récoltées fin septembre et directement ramenées à 8% par séchage afin d'éviter tout échauffement et dégradation. Les moissonneuses batteuses utilisées doivent pouvoir monter leur barre de coupe à minimum 1,6 m de haut afin de ne récolter que les épis. Pour la fauche des pailles, différentes techniques peuvent être utilisées et dépendront des exigences du transformateur :

  • pour une paille non rouie, les tiges seront coupées à l'aide d'une barre double lame (de type busatis) à 5 cm du sol. Les pailles seront retournées une à deux fois avant d'être ballotées en balle ronde à une humidité de 16% maximum.
  • pour une paille rouie à destination d'usines de défibrage, deux outils de fauche peuvent être utilisés : l'ensileuse modifiée après la moisson ou le rouleau après l'hiver. Dans les deux cas, les tiges de chanvre resteront tout l'hiver sur le champ soit en andain soit sur pied. Dès que les conditions climatiques seront favorables au séchage et ramassage, les pailles pourront être roulées, retournées, andainées et pressées en gros ballots carrés.

Les balles de chanvre seront stockées dans des hangars bien aérés à l'abri des intempéries. Suivant l'accord avec l'industriel, certains agriculteurs stockent également leurs ballots en meule sous bâche.

Pour plus de détails sur la culture, consultez le guide cultural 2015 du chanvre industriel.